La question de l autonomie

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    • #1577
      Vincent Grosjean
      Participant

      Dans les premiers échanges que j’ai eu avec JLC, le créateur de ce site, j’ai le souvenir de lui avoir dit que pour moi, la souveraineté des contributeurs d’un cercle ou d’une structure était essentielle. Cela veut dire que la logique de l’engagement est fondamentalement problématique. Celle-ci, érigée en méthode managériale, consiste à dire aux salariés “vous vou êtes engagés, … donc vous devez le faire” en mettant de côté le fait que dans pas mal de structure, l’engagement est quelque peu… facilité par le relation de subordination qui fait partie du contrat de travail et qui est renforcé par tout une série de mécanismes d’influence.

      Dans la vidéo récente de JLC, je comprend que l’auteur principal de cette forme de gouvernance a bougé sur ce sujet, mais pour moi cela reste insatisfaisant. Je comprends qu’il y a une forme d’autonomie à tous les étages, qui va jusqu’à dire que les uns et les autres doivent être d’accord sur la raison d’être et doivent donc pouvoir la discuter quels que soit leur position. La raison d’être devient donc un objet mouvant, source de perte de stabilité. Pour moi, c’est très déstabilisant !!

      Ma représentation symbolisée de la gouvernance partagée, que j’ai formalisée graphiquement dans ce document http://www.inrs.fr/media.html?refINRS=DC%2015 met la raison d’être comme arbitre des discussions et des tensions : pour choisir entre deux options, des êtres doués de raison raisonnent et optent pour ce qui leur paraît répondre le mieux à la raison d’être partagée. Si donc la raison d’être devient elle-même sujet de désaccord, je ne vois pas rationnellement comment on peut trancher. J’ai en tête une situation de désaccord au sein d’un collectif désireux de créer une cantine collaborative : si un pôle veut exclusivement du végétarien et un autre veut ouvrir à la viande pour fédérer plus de monde, je ne vois pas quelle technique de dialogue peut aboutir à quoi que ce soit, si ce n’est à ce qu’une des deux polarités s’en aille ou mette son mouchoir sur ce qu’elle considère le cas échéant comme essentiel. Pour moi, on est dans le même cas de figure si deux personnes forment un couple et qu’une des deux considère comme essentiel d’avoir des enfants, alors que l’autre considère que l’époque veut qu’on en ait pas. Il ne reste comme issue que de se séparer, ou d’aller vers quelque chose qu’on ne désire pas, par exemple parce qu’on privilégie la préservation de la relation sur les buts poursuivis (cf graphique à deux axes souvent utilisé par le consultants, figurant sur un axe la poursuite des buts, sur l’autre la mise en avant du relationnel).

      Pour dépasser ce dilemme, ma référence par rapport à ces questions, c’est la notion de holon, telle que conçue et développée par Arthur Koestler, dans deux livres que je conseille : le cheval dans la locomotive et Janus. cf ici : https://colibris-nancy.fr/la-notion-de-holon-chez-arthur-koestler/

      C’est d’une véritable cosmologie qu’il s’agit, elle pose que nous pouvons nous considérer comme des holons, c’est-à-dire que l’humain (comme les autres holons que sont la cellule, l’atome, …) est animé par deux tendances à première vue contradictoires : un tendance à l’expression du soi qu’on pourrait symboliser par la verticale, et une tendance à l’intégration dans une entité plus large, qu’on pourrait symboliser par l’horizontale. Ainsi, la cellule individuelle a-t-elle une tendance à s’exprimer, par exemple une cellule humaine a les mêmes potentialités que toutes les cellules du corps, elle est donc potentiellement une cellule du foie, du cerveau, de la moëlle épinière. mais dès lors qu’elle est située dans un sous-système, elle va renoncer à l’expression de certaines de ses potentialités pour s’intégrer, se fondre, dans l’entité plus large que constitue l’organe précis de l’organisme pluricellulaire où elle se situe. L’atome lui aussi “renonce” à certaines de ses potentialités pour conjointement en développer d’autres lorsqu’il s’associe à d’autre atomes pour constituer une molécule complexe.

      Donc il me semble naturel, que l’homme qui aspire à s’intégrer dans quelque chose qui le dépasse par ses ambitions comme par ses potentialités renonce à certaines choses lorsqu’il s’intègre à un cercle. Il se met au service du cercle. Il n’est pas là pour s’exprimer dans toutes ses potentialités. Si il s’agit de jouer un match de basket, il exprime quelque chose. Si il s’agit d’organiser une rencontre scientifique, il exprimera autre chose. Je pense que dans l’époque de transition que nous vivons, ces espaces sont multiples et mouvants. Nous avons vocation à en parcourir plusieurs, qui chaque fois permettent d’exprimer quelque chose de nous, dans un jeu de contraintes que nous acceptons, qui est temporaire avant que nous allions vers un autre endroit. Vers une autre finalité. Vers une autre potentialité d’expression.

      C’est en tout cas ma lecture
      Donc ni aliénation, ni autonomie totale. Renoncement temporaire pour servir.

      Amicalement.

      Vincent

    • #1583
      Jeanluc Christin
      Maître des clés

      Bonjour et merci de ces questionnements.

      Je répond sur la souveraineté : elle a toujours été centrale dans le référentiel gouvernance cellulaire. Je crois que nous disons la même chose.

      La constitution renvoit à cette vidéo de deux minutes hyper explicite : https://youtu.be/8T7aMMD4mu8

      Le principe de souveraineté est décrit depuis les premières versions, et précise
      « Chacun décide en son for intérieur des actions les plus pertinentes à mettre en place pour remplir ses rôles. Chacun décide en particulier de sa liste de priorisation, de sa présence dans une réunion ou ailleurs ».
      La brique responsabilité de membre insiste : « Chacun examine régulièrement les prochaines actions utiles à ses rôles et déclenche celle qui lui parait apporter le plus. Il a autorité pour ce choix lié à ses rôles. Il ne peut pas exercer de contrôle sur un autre rôle ».

      Donc, rien n’a changé de ce point de vue dans le référentiel, peut-être la dernière vidéo que tu as vue est-elle plus claire, tant mieux. La communication s’améliore.

      Le sujet de l’évolution de la raison d’être n’a pas bougé non plus depuis les premières versions, mais il mérite un plus long développement car nos points de vues semblent distincts. Je reviendrai pour ce sujet

    • #1596
      Jeanluc Christin
      Maître des clés

      Je réponds sur la raison d’être. Nous avons apparemment deux points de vue, mon but n’est pas particulièrement de les réduire à un seul.

      Si je me réfère à un auteur que tu cites dans ton article, Frédéric Laloux, sa définition de la raison d’être est quelque chose que l’on ressent comme étant ce que l’organisation veut être et offrir au monde. (https://youtu.be/BSA8dyz8ccE à une minute). C’est aussi quelque chose qui guide les décision de faire ou pas quelquechose (2’45 »).

      La question est comment la définir et l’actualiser ?
      Gouvernance cellulaire propose un mode circulaire : chacun ressent ce que la raison d’être devient en réalité et peut proposer une évolution aux décideurs.
      La décision sera prise par le cercle ancrage comme dans toute organisation, voire par le rôle lead du cercle ancrage.

      La question que tu poses est relative à la possibilité de chacun de réfléchir à la raison d’être. Tu précises que l’humain  » n’est pas là pour s’exprimer dans toutes ses potentialités. »
      Je suis d’accord avec cela. L’intention de gouvernance cellulaire est que chacun choisisse en conscience ce à quoi il renonce en restant dans la structure. C’est pourquoi cette dernière doit répondre soit « OK » soit « non, votre proposition est un autre projet ».

      Quel bénéfice ?
      – pour les membres je l’ai nommé ci dessus. (choisir en conscience)
      – pour la structure : Je me base sur tes exemples.
      Dans le restaurant, si des serveurs se rendent compte que les clients demandent de plus en plus de veggie et que certains vegan font des réflexions sur le fait que le restaurant sert des plats carnés, il sera utile que l’info remonte, par exemple par un serveur qui proposera une raison d’être purement vegan. Les décideurs pourront répondre « non, ce n’est pas le projet », ou « nous allons faire évoluer la raison d’être pour intégrer plus de veggie » ou « ok pour du vegan ». Au serveur ensuite de décider si la réponse est compatible avec ce qu’il souhaite faire de sa vie.
      Dans le couple, si l’un veut des enfants l’autre pas, il est necessaire de questionner le projet commun, la raison d’être du couple. S’il s’agit de fonder une famille ou pas. Cela aboutira peut-être à une séparation parce que les projets sont trop antinomiques.

      En conclusion, Je trouve sain ce que tu nommes : »que l’homme qui aspire à s’intégrer dans quelque chose qui le dépasse […] renonce à certaines chosese ». Mais il me semble malsain que le système l’amène à renoncer à certaines choses sans s’en rendre compte.

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